La pratique statique est
une composante majeure sinon essentielle des pratiques chinoises qu'elles soient orientées vers la santé ou vers la pratique martiale.
Chaque école
traditionnelle possède son propre système, ces différents exercices possèdent un certain nombre de points communs parmi ceux-ci nous trouvons dans les dénominations de ces méthodes les deux
caractères ; ZHAN et ZHUANG. Les images qu'ils révèlent sont une source d'enrichissement dans l'étude de ces méthodes, tout comme l'étude de textes
classiques comme le Yi Jing. L'écriture chinoise et les trigrammes du Yi Jing constituent de passionnants sujets d'étude et de recherche, le
Yi Jing livre dans ces lignes au lecteur attentif de précieux conseils au sujet de ces pratiques.
ETUDE DU CARACTERE ZHAN
L'idéogramme se compose de deux caractères :
LI Ce caractère donne l'image d'un être debout, dressé. Un homme debout sur le sol (Wieger 1 F)
Le caractère ancien est encore plus explicite ! Notons que le trait horizontal représente le sol.
Dans cet idéogramme, les trois « puissances » sont représentées :
Le Ciel par la divination mais aussi par l'arc de cercle formé par
les bras.
L'homme par le
pictogramme.
La Terre par le trait horizontal
et ZHAN Ce caractère
possède le sens de : demander ce qui en sera d'une entreprise en flambant une écaille de tortue, divination (Wieger 56
B)
ZHAN contient donc l'image d'un homme debout
cherchant les germes des actions futures. Pour cela, il interroge le Ciel par la divination afin de connaître les actions à entreprendre ou à ne pas entreprendre ; on peut parler de méditation
debout.
ETUDE DU CARACTERE ZHUANG
Composé de MU
figure d'un arbre, en haut les branches, en
bas les racines, au milieu le tronc. Sens étendu bois. (Wieger 119)
Et de CHONG
Décortiquer le grain en le pilant, deux mains qui
soulèvent le pilon au-dessus du mortier (Wieger 47)
ZHUANG contient les images du bois, de l'arbre, du pilon et du
mortier.
Les différentes images contenues dans les deux caractères vont nous aider à constituer une proposition de définitions variées susceptibles de recouvrir les diverses pratiques contenues dans
l'exercice ZHAN ZHUANG.
ZHAN ZHUANG ; LA POSTURE DU PIEU
Le gnomon planté en terre renseignait par l'ombre qu'il projetait au sol sur les directions de l'espace et les saisons de l'année. Son positionnement entre terre et ciel le prédisposait aussi à servir de mât de cocagne dans un jeu antique où l'on désignait le nouveau roi. Celui qui pouvait atteindre le ciel en montant en haut du mât se désignait « fils du ciel » Le pieu planté dans le sol relie le ciel et la terre permettant au prétendant « fils du ciel » de « téter le ciel » Le fait que le pieu soit profondément enraciné dans le sol a certainement exercé une influence sur le fait que ces techniques aient été qualifiées de « techniques d'enracinement ».
LA DIVINATION L 'HOMME I NTERROGE LE CIEL
Le sens de l'idéogramme ZHAN est demander et chauffer d'où divination. Des carapaces de tortues, des omoplates de cervidés étaient mises au feu afin que le devin examine les craquelures occasionnées par la chaleur et les interprète.
L'ARBRE
Il est tentant de relier les deux idéogrammes LI et MU dont les graphies sont très proches bien qu'ils ne soient pour chacun d'eux qu'une composante des idéogrammes ZHAN et ZHUANG. Les définitions « se tenir comme un arbre » ou bien même « enlacer l'arbre » trouve dans la comparaison des deux graphies tout leur sens. Plonger ses racines vers le sol, étaler ses branches vers la lumière, enlacer l'arbre nous amène à une relation toute particulière avec celui-ci. N'est-ce pas le le règne végétal qui a précédé l'homme dans l'évolution ? L'arbre est donc un peu notre ancêtre !
Comme le montrent les graphies, on peut aisément mettre en relation les bras de l'homme avec les branches de l'arbre, le tronc de l'homme avec celui de l'arbre, et les pieds de l'homme avec les racines de l'arbre. Nous trouvons bien d'autres similitudes entre l'homme et l'arbre au niveau corporel ;
LE PILON ET LE MORTIER ; L'ALCHIMIE INTERNE
Le fait de joindre les mains afin de tenir un pilon amène une position corporelle proche de celles adoptée pendant les pratiques de ZHAN ZHUANG, symboliquement joindre les mains c'est joindre les contraires et favoriser ainsi l'union des énergies. Des écoles traditionnelles comme le Ling Bao Ming et le Jin Dan appartiennent au courant d'alchimie interne, le pilon et le mortier représentent le creuset alchimique où sont formés pour l'un le Jin Dan (la pilule d'or), pour l'autre le joyau magique (Lingbao)
Regroupons nos propositions concernant le sens à donner aux pratiques ZHAN ZHUANG :
Venons à la pratique avec les similitudes de deux écoles d'arts martiaux internes ; l'école San Yiquan et l'école Yangjia michuan taiji quan. La pratique statique porte des noms différents suivant les écoles, voici quelques appellations de ces exercices statiques :
Le but recherché est de renforcer la posture afin que le mouvement, qui peut se voir comme une succession de postures s'enchaînant les unes aux autres, soit en même temps fluide et ferme ; la pratique dynamique se nourrit de la pratique statique. L'école San Yiquan et le style Yangjia michuan taiji quan possèdent des exercices propres à leurs écoles respectives.
L'ECOLE SAN YIQUAN
L'école San Yiquan propose l'exercice « Travail énergétique de la prise de conscience des cinq palais » cet exercice appartient à un ensemble d'exercices appelé Yi Yin Fa (techniques de pré nutrition) sollicitant l'ensemble de la structure corporelle.
Cette méthode comprend six postures, chacune d'entre elles étant reliée à une zone corporelle et à un point d'acupuncture :
Niveau abdominal ; point Qi Hai
L'exercice a la particularité de se terminer par un exercice dynamique reliant les six postures afin de libérer le corps et l'esprit. Après avoir focaliser l'intention sur une zone précise ou un point précis, l'exercice final favorise le retour à l'unité corporelle. Cette particularité est une particularité d'école, un grand nombre d'exercices sont composés de cette façon (concentration puis libération) Ceci permet d'éviter l'accumulation ou stase d'énergie. Il est souhaitable de se référer tout d'abord aux zones corporelles, pour ensuite au fur et à mesure des progrès, se référer aux points d'acupuncture. Aller du plus grossier au plus subtil, du structurel à l'énergétique semble la démarche la plus sure. Pour la description de cet exercice, voir le Traité d'énergie vitale p 245-256 et daoyin fa qigong livre 1 p 54-57 .
Au sujet du maintien prolongé de ces exercices présenté par diverses écoles comme la panacée, G.Charles opère une mise en garde auprès des pratiquants et surtout des débutants. Selon lui, la pratique statique doit être associée à des exercices dynamiques comme les enchainements de gong fu wu shu ou de taiji quan ; ceux-ci permettent l'apprentissage de la posture et du mouvement associés à la respiration et à l'intention.. Le maintien prolongé n'est pas à la portée du débutant, il ne peut être que l'aboutissement d'une pratique soucieuse du respect du corps et de son intégrité. (Voir. p73-75 Traité d'énergie vitale)
JI BEN ZHAN ZHUANG SHI DU STYLE YANGJIA MICHUAN TAIJII QUAN
Le style yangjia michuan taiji quan possède son propre système ; il s'agit de la posture de base du style Yangjia michuan ;
Cette posture favorise la respiration embryonnaire (respiration abdominale) et la petite circulation céleste ; technique permettant de relier les méridiens curieux dont les trajets passent au milieu du corps sur l'avant et sur l'arrière ; les trajets Ren Mai et Du Mai.
Ji Ben Zhan Zhuang Shi
Tout comme dans l'école San Yiquan, le maintien de la posture se termine par un exercice dynamique « prendre le tigre dans ses bras et le ramener à la montagne » Il a la particularité de mobiliser le corps et l'énergie vers le haut, vers l'intérieur, vers le bas, vers l'extérieur et au centre permettant de mettre en circulation l'énergie (le qi).
Remarquons que les deux exercices «Travail énergétique de la prise de conscience des cinq palais » de l'école San Yiquan et «Ji Ben Zhan Zhuang Shi » du style Yangjia michuan ont ces mêmes particularités ; Concentration ou accumulation de l'énergie pendant la pratique statique puis libération et mise en circulation de l'énergie pendant le mouvement final. Nous retrouverons ces mêmes phases à travers la pratique dynamique du Yangjia michuan taiji quan ou du Xing Yi Quan de l'école San Yiquan ; fermeture du corps et accumulation de l'énergie, ouverture du corps et expression ou libération de l'énergie.
[1] D'après les articles de G.Charles sur la question, le Zhan Chan aurait donne le Ritsu zen japonais version debout, le Za Zen étant la version assise. Voir ces articles sur le site http://www.tao-yin.com
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